Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
HITZA PITZ Allande Socarros

HITZA PITZ Allande Socarros

GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

Partager cet article

Repost 0

Iparretarrrak : une histoire humaine et politique

Allande Socarros —

J’ai accepté d’apporter mon témoignage dans le livre d’Eneko Bidegain consacré au parcours de l’organisation politique abertzale Iparretarrak et de ses militants. Pas plus que pour les autres compagnons de cette lutte aux répercutions individuelles et collectives majeures, il ne s’est agi d’une démarche nombriliste, d’une volonté de se mettre en avant. Notre décision découle tout simplement de la conscience que des jalons d’une histoire humaine et politique se doivent d’être portés à la connaissance des générations présentes et futures. Car Iparre- tarrak est une histoire humaine et politique avec ses exaltations et ses déconvenues, ses succès et ses échecs, ses satisfactions et ses drames. Iparretarrak est la rencontre de femmes et d’hommes qui, à différentes périodes, ont eu la conscience que pour le pays qui est le leur, pour le peuple dont ils sont partie intégrante, il était devenu impératif de dire à la fois oui et non.

Oui à un pays qui a droit à la vie, à la récupération et à l’exercice de ses droits inaliénables, à la conduite de ses affaires, à la prise en main de son présent, à la maîtrise de son devenir. Herriak bizi behar du ! Tout est dit dans ce qui est ô combien plus qu’un simple slogan. Mais pour proclamer le oui, il n’y avait malheureusement pas d’autre choix que de dire non. Non au sort qu’un État-nation façonné à force de violence et de «roublerie» réservait à notre terre, à ses habitants, à tout ce qui fait qu’un pays est réellement une entité vivante : son identité, sa culture, son organisation sociale, ses moyens d’existence et de développement. Un sombre dessein auquel adhérait, par conviction ou par calcul politique de bas étage, un personnel politique local chez lequel la médiocrité n’avait d’égale que la veulerie. Iparretarrak n’a jamais conçu de dire non sans proclamer dans le même temps oui. C’est là toute la différence entre l’activisme purement et simplement réactionnel et le travail politique conscient et réfléchi. Les militants de ce que personnellement je définis comme une organisation politique – et non comme une organisation politico-armée comme dans le titre du livre d’Eneko Bidegain – ont la pleine conscience, dès leur engagement dans cette forme de lutte, que la violence ne saurait être qu’un moyen de faire évoluer une situation et jamais au grand jamais une fin en soi.

 

LE SYMPTÔME D’UNE DÉMOCRATIE EN ÉCHEC

A titre personnel, j’irai même plus loin en soutenant que la violence, dans le registre politique comme partout ailleurs, est synonyme d’un échec, d’un fonctionnement anormal dans une société. Dans le champ politique précisément, le fait que des femmes et des hommes en arrivent à utiliser la violence est le symptôme que la démocratie, malgré des apparences formelles d’existence et de fonctionnement, n’est pas de fait au rendez-vous. Car, où est donc la démocratie lorsqu’on nie à un peuple ses droits fondamentaux, au premier rang desquels celui d’assurer à sa langue multimillénaire de pouvoir vivre et se pérenniser ? Où est donc la démocratie lorsque des politiques économiques laissent le champ libre aux spéculateurs de tout poil et contraignent nombre d’habitants de nos trois provinces à l’exil, faute de trouver travail et logement ? Où est donc la démocratie, lorsque tout les moyens de faire les choix qui nous apparaissent les plus opportuns pour notre pays nous sont déniés par des centres de décisions situés ailleurs ?

On pourrait multiplier à l’envi les exemples qui démontrent que des éléments formels d’une démocratie – libertés d’expression, d’information, d’opinion, d’association, élections, etc… – ne garantissent pas que les droits d’un pays et les intérêts collectifs de ses habitants soient respectés. Presque trente-cinq ans après la première manifestation publique d’Iparretarrak, le contexte sociopolitique en Pays basque nord a grandement changé. Le personnel politique d’aujourd’hui, s’il n’est certes pas majoritairement en phase avec une aspiration abertzale, au moins ne se commet pas dans une attitude anti-basque primaire. A écouter les responsables politiques détenteurs des maigres parcelles de pouvoir concédées par Paris, ils seraient même de fervents défenseurs de l’identité basque. Sauf que, dans le même temps, la langue basque est plus encore à l’agonie aujourd’hui qu’il y a trente-cinq ans…

 

L’ACTION POLITIQUE, C’EST L’ESPRIT DE LA GLOBALITÉ

Le mouvement abertzale – et IK y a été pour beaucoup – a démontré sa capacité de prendre en main les affaires de notre pays, dans la plupart des domaines. Les militants d’IK ont souvent été parmi les catalyseurs de ces réalisations, sans agiter quelque drapeau que ce soit, par simple conscience que le rôle d’une organisation politique c’est d’essayer d’amener des réponses les plus satisfaisantes possibles aux problèmes qui se posent, aux défis qui se présentent. Aujourd’hui, il est temps que le monde abertzale donne corps aux réalisations dont il est à l’origine ou à celles auxquelles il a concouru en concevant et en défendant ce qui est la globalité de toute action collective : un projet politique complet, crédible, porteur d’espoirs, de mieux-être, de mieux-vivre pour notre pays et ses habitants. Dans cette tâche exaltante autant qu’indispensable, l’esprit d’IK sera présent et actif, car si le bruit des explosions s’est tu les raisons fondamentales qui ont conduit hier à l’apparition de la lutte clandestine perdurent aujourd’hui. L’engagement dans un travail politique global, et au grand jour, du plus grand nombre est le meilleur garant que quelques uns n’aient pas à tout donner. Ces mots qui, dans mon esprit, ne se veulent en aucune façon une admonestation envers qui que ce soit, pas plus qu’une activation des ressorts de la mauvaise conscience, me permettent surtout de rappeler que si, parmi d’autres, j’ai apporté mon témoignage dans le livre d’Eneko Bidegain, je l’ai fait aussi par devoir envers ceux qui n’auront pas eu la possibilité de le faire. Je pense à Txomin, Ramuntxo, Popo, Didier, Maddi, Christophe qui ont donné jusqu’à leur vie pour un idéal de justice, de liberté, d’amour de leur pays et de ses habitants. Le chemin qu’ils nous ont montré nous aidera à tracer les voies de l’avenir.

Allande Socarros

Partager cet article

Repost 0