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HITZA PITZ Allande Socarros

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GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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Après l'attentat de ETA

Allande Socarros —

1er mars 2000

 

ETA a voté! A trois semaines des élections législatives dans l'Etat espagnol, ETA ne s'est pas abstenue.

 

L'organisation clandestine a décidé d'intervenir dans la campagne électorale en assassinant Fernando Buesa. Le porte-parole au sein du Parlement Basque (Eusko Legebiltzarra) des élus du Parti Socialiste d'Euskadi - Euskadiko Ezkerra (PSE-EE). La succursale "basque" du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

 

L'attentat à la voiture piégée perpétré le mardi 22 Février à Vitoria-Gasteiz, siège du Gouvernement et du Parlement de la Communauté Autonome Basque, a aussi coûté la vie à Jorge Diez Elorza, garde du corps de Fernando Buesa, détaché à cette mission par la Ertzaintza (Police Autonome Basque).

 

Quel est donc le message qu'a voulu faire passer ETA ? Quel résultat ou au moins quelle évolution politique recherche l'organisation armée en tuant un élu ? A ces questions cruciales, il est bien difficile d'essayer de répondre par des hypothèses logiques. Il ne faudra pas non plus attendre d'éclaircissements convaincants du communiqué qui devrait être diffusé ces jours prochains. La dialectique habituelle d'ETA ne se départit pas d'un hermétisme total, servi par une rhétorique alambiquée. A ce sujet, il est légitime de se demander à qui s'adresse ETA par le biais de ses écrits tant il parait évident à les lire que le peuple basque, en sa grande majorité, n'est pas a même de comprendre une sémantique aussi pesante. La mort de Fernando Buesa ne peut se comprendre, que dans la continuité de la "stratégie de la rupture": la volonté de replacer la lutte armée en pierre angulaire du combat politique mené au nom du peuple basque.

 

Dans cette perspective, ETA se place en pivot de toute solution politique au contentieux avec Madrid voire même avec Paris et affirme sans contestation possible que rien ne se fera, ou en tout cas rien de durable, sans qu'elle ne lui donne au minimum son aval.

 

Cette position dure se fonde sur une prétention à parler au nom de l'ensemble du peuple basque, attitude qui en outre nie la réalité socio-politique du Pays Basque, tout au moins dans sa traduction électorale. En effet, sur les 7 provinces basques, seules 2, Bizkaia et Gipuzkoa, ont une majorité électorale et sociale abertzale. Dans les 5 autres provinces, dont celles sous tutelle de l'Etat français (Lapurdi, Nafarroa Beherea, Zuberoa), la conscience politique d'un destin séparé de l'Espagne ou de la France en est à des stades différents, mais en tout cas - électoralement parlant toujours - minoritaires.

 

En supprimant Fernando Buesa, c'est le symbole politique qu'a, bien sûr, visé ETA. Certes, Fernando Buesa n'aura pas laissé le souvenir d'un dirigeant politique sensible aux droits du peuple basque durant sa charge de vice-président de la Communauté Autonome Basque et de ministre en charge du secteur de l'Education, entre 1991 et 1995... Certes, Fernando Buesa était même un adversaire résolu de la revendication d'autodétermination et, on peut le dire, un opposant relativement sectaire du simple fait basque... Certes, Fernando Buesa ne manquait jamais une occasion d'exprimer ses opinions et positions anti abertzale, en particulier au sein du Parlement Basque... Certes, Fernando Buesa était le porte-voix de la faction la plus "anti basque" du PSE-EE, si tant est qu'il y ait au sein de ce parti clairement espagnoliste un secteur peu ou prou favorable à une évolution vers plus de souveraineté basque...

 

Certes, tout cela est indéniable... mais comme il est tout aussi vrai que Fernando Buesa était un élu du Pays Basque, représentant, à tout le moins, d'une frange non négligeable de l'électorat de la province de Araba.

 

Comment être dedans et en dehors du jeu institutionnel au même temps ?

On peut certes contester la question de la seule légitimité électorale, affirmer, non sans raison, que l'Etat espagnol est une démocratie formelle qui ne reconnaît pas, pour son propre compte, un droit fondamental tel que celui de l'autodétermination. Mais ce même constat peut être fait pour la France, la Grande Bretagne, l'Italie et bien d'autres Etats-nations d'Europe et du reste du monde. Si on proclame donc ce postulat politique, il n'est pas logique de participer à une démarche, ne remettant pas en cause le cadre politico-institutionnel que l'on conteste... Telle que la participation aux consultations électorales. Or, Herri Batasuna et Euskal Herritarrok (qui portent sur le terrain public les mêmes revendications que ETA), ont de nombreux élus municipaux, provinciaux et nationaux, aussi bien dans la Communauté Autonome Basque que dans la Communauté Forale de Navarre et même - pour l' heure en tous cas - 2 députés au Parlement Espagnol. Par conséquent, si l'on choisit de mener un combat politique au travers d'institutions qui ne sont pas celles qui portent complètement les aspirations du peuple basque, on en accepte aussi les règles du jeu. Or, la pratique de l'assassinat - même qualifiable de politique - ne fait pas partie des modes de fonctionnement institutionnel communément admis!

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