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HITZA PITZ Allande Socarros

HITZA PITZ Allande Socarros

GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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Entre grande audience et réception en tapinois

Allande Socarros —

23 décembre 1999

 

L'ironie est certes facile mais en ces temps de conformisme politique en Pays Basque, elle peut avoir valeur de salubrité. Ainsi donc, une délégation d'élus et de socio-professionnels venue exposer les arguments pour la création d'un département de Pays Basque, s'est vu signifier une fin de non-recevoir frappée au coin du mépris et de la morgue. Ces Basques très présentables et policés ont été reçus au Ministère de l'Intérieur, non point par le maitre des lieux, mais par deux obscurs conseillers de Jean-Pierre le miraculé.

 

Une première constatation s'impose. Des élus corses de toute sensibilités politiques ont eu droit eux, tout récemment, à une invitation d'un tout autre niveau, tout du moins dans l'apparence. Ils avaient été conviés à Matignon par le Premier ministre en personne, qui l'avait annoncé devant la représentation nationale (Parlement) et qui les y a reçus entouré de 5 de ses ministres. On est loin ici d'une audience en catimini avec deux sous-fifres de 3ème zone...

 

L'Ethnocentrisme aveugle de Paris

A leur sortie, les représentants basques étaient, nous apprennent les gazettes, parfaitement outragés et avaient le sentiment d'avoir perdu leur temps. Sans être grand clerc et prétendre avoir la science infuse, on ne voit pas très bien à quoi d'autre ils auraient pu s'attendre... Les larbins de Jean-Pierre leur ont asséné mordicus que la France Républicaine ne saurait en aucun cas accepter la création d'un "département ethnique" (rigoureusement sic!). L'histoire ne dit pas si, parmi nos missionnaires, il s'est trouvé quelqu'un pour retouner illico cet argument pitoyable autant que spécieux.

 

Car, même si on ne voudrais pas les qualifier d'ethniques, les départements de Guadeloupe, Martinique, Guyane, la Nouvelle Calédonie, la Collectivité Autonome de Polynésie, la Collectivité Territoriale de Corse, constituent bel et bien des entités administratives formées autour d'un concept d'appartenance à une communauté sinon identitaire, du moins de destin. Les ronds de cuir de la Place Beauveau seraient bien inspirés de réfléchir à deux fois avant de commettre de telles inepties.

 

Même si comparaison n'est pas raison, on ne peut s'empêcher de mettre en parallèle aussi le niveau des requêtes présentées par les élus corses et par la délégation basque. Aujourd'hui, en Corse, une majorité d'élus est pour une évolution du cadre institutionnel vers plus de responsabilité et de prise en charge. Certains même, aussi peu soupçonnables de vélleités nationalistes que José Rossi, député Démocratie Libérale à Paris et Président de l'Assemblée de Corse à Ajaccio, parlent ouvertement d'autonomie.

 

Libérer le débat, nourrir la réflexion

Pendant ce temps, notre délégation hétéroclite (mais ceci explique sans doute cela), s'en va implorer auprès de Paris la création d'un département, revendication à minima d'une reconnaissance institutionnelle. Le département... Une structure administrative que la construction européenne, même aussi peu satisfaisante qu'elle peut l'être aujourd'hui, rend de jour en jour plus obsoléte. Dans le contexte d'une Europe unie, l'avenir est à la création d'euro-régions qui transcenderont les frontières étatiques actuelles. Ce n'est pas de la prospective politique irréaliste, c'est une évolution inéluctable à moyen terme.

 

En conclusion, disons que à quelque chose malheur pourrait être bon et que le revers essuyé par nos départementalistes à tout crin aura, peut être, le mérite de contribuer à libérer le débat totalement corseté (sans jeu de mots !), depuis trop longtemps, dans une forme de pensée unique. Nombreux sont sans doute ceux qui estiment que la réflexion politique au sein du mouvement abertzale est aujourd'hui en régression flagrante par rapport à il y a dix ans, voire même en comparaison avec les tous premiers temps de l'émergence du nationalisme basque au nord. Le camouflet infligé par Paris à la revendication pro-départementale est une occasion de reprendre l'initiative et de porter le débat à un niveau plus conforme à notre vision et à notre souhait d'un Pays Basque maître de sa destinée.

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