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HITZA PITZ Allande Socarros

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GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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ETA et le mouvement abertzale en Pays Basque Nord

Allande Socarros —

23 octobre 2000

 

Vitrines brisées, containers à ordures incendiés, mobilier urbain saccagé, voitures disposées en travers de la chaussée et palissades jetées à terre pour faire office de barricades, banque attaquée et guichet automatique détruit, radio d'expression basque incendiée, cocktails-molotovs en veux-tu, en voilà et caillassage en règle des forces de l'ordre... Non, ces scènes de guérilla urbaine n'ont pas eu pour cadre Donostia (Saint-Sébastien) ou une autre des villes du Pays Basque Sud... mais Bayonne, les vendredi 13 et samedi 14 octobre.

 

Organisations syndicales et "citoyennes", collectifs anti-mondialisation et partis politiques avaient appelé à des mobilisations de protestation contre la tenue du sommet informel du Conseil Européen à Biarritz, bref contre le rassemblement des chefs d'Etat et de gouvernement, gestionnaires attentionnés de l'Europe du fric. Le mouvement abertzale, tout au moins celui qui se reconnaît dans l'idylle transfrontalière entre Euskal Herritarrok (EH), le relais politique public de ETA, et Abertzaleen Batasuna son petit frère du Pays Basque Nord ainsi que dans l'organisation de jeunes Haika ("Debout!"), avait lui appelé à occuper la rue, en soutien aux revendications de "rapprochement" (du Pays Basque, s'entend) des prisonniers politiques dispersés dans toute la péninsule ibérique et sur l'ensemble de l'Hexagone, ainsi que pour la proclamation de l'existence d'une nation basque,à travers le mot d'ordre "Euskal Herria eraiki" (construire le Pays Basque).

 

Une infiltration insidieuse et méthodique

Le problème est que le Pays Basque que les auteurs de cette formule et leurs troupes d'inconditionnels ont à coeur de "construire", c'est celui qui correspond aux conceptions totalitaires de ETA, ni plus, ni moins. Les événements de Bayonne, pompeusement qualifiés de "kale borroka" (combat de rue), ne sont que le dernier avatar, certes révélateur, d'une stratégie développée méthodiquement toutes ces dernières années par la direction de l'organisation clandestine et ses relais fidèles en Pays Basque Nord. Le but? Mettre le mouvement abertzale du nord sous sa coupe, pour en faire un prolongement de la lutte menée au sud (avec les méthodes que l'on sait), et empêcher, par le fait même, le développement d'une lutte abertzale autonome sur les trois provinces sous souveraineté française, lutte tenant compte, à l'évidence, des spécificités du Pays Basque Nord et, en tout premier lieu, du niveau de conscientisation de sa population.

Les moyens de cette prise de contrôle du mouvement abertzale en Pays Basque Nord? Le noyautage systématique de toutes les structures par des militants ne raisonnant que par le sud et pour le sud, sous le prétexte fallacieux de "batasuna" (l'unité). Ainsi, tout au long de ces 5/6 dernières années, les hommes-liges de ETA ont-ils accompli un énorme travail d'infiltration insidieuse du mouvement politique légal, des organisations de jeunes, des médias crées par les abertzale du nord, des structures d'enseignement de la langue basque, bref de tout ce qui relevait de la dynamique abertzale. L'un des premiers signes d'alerte avait été l'abandon par le mouvement politique public EMA (Mouvement de la Gauche Abertzale), de la revendication du statut d'autonomie interne et du projet de société y afférent; pour faire sienne la revendication... d'un département basque, vieille lune des milieux de la bourgeoisie commerçante et industrielle basque et des centristes plus ou moins basquisants qui en ont assez de voir les Béarnais se payer la part du lion des ressources financières du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques.

 

De la déshérence au phagocytage

EMA (Mouvement de la Gauche Abertzale), bien que certains de ses affiliés s'en défendent encore aujourd'hui, s'est, de fait, dissous dans Abertzaleen Batasuna, totalement sous contrôle de ETA et de ses séides agissant dans la légalité. Il n'y a vraiment que les esprits crédules qui aient été surpris d'apprendre incidemment, il y a de cela quelques mois, que EH avait "donné" quelques centaines de milliers de francs à AB pour lui permettre de payer ses permanents... Depuis lors, les quelques abertzale qui n'avaient jusqu'alors rien vu venir ont dû avaler bien d'autres couleuvres: "fusion" du mouvement de jeunes Gazteriak - déjà bien embrigadés question soutien à la lutte au sud - avec les sudistes purs et durs de Jarrai pour former Haika ("Debout!"); création des plates-formes de soutien aux prisonniers politiques, considérés comme un tout, sans tenir compte, là encore, des différences de niveau entre le nord et le sud, et défendus avant tout sous un angle humanitaire; tentative de constitution d'une branche nord du syndicat de travailleurs LAB, autre rejeton de la contre société modèle ETA.

 

ETA qui a toujours su aussi jouer sur plusieurs tableaux à la fois, mettre plusieurs fers au feu, quitte à gérer les contradictions qui peuvent survenir parfois. Ainsi, les méchants casseurs de Haika et les gentils activistes "non-violents" de Démocratie pour le Pays Basque (autodénommés "Les Démos") qui eux font dans le spectaculaire de bon aloi - comme de subtiliser les sièges des conseillers généraux basques à Pau pour les amener sur Bayonne - participent-ils, même si tous, en particulier chez les Démos, n'en ont pas conscience, d'une seule et même stratégie fomentée par les têtes pensantes de ETA.

 

Cette stratégie de phagocytage de la lutte abertzale en Pays Basque Nord a trouvé, il est vrai, un terrain favorable pour se développer, à savoir la déshérence du mouvement nationaliste de gauche, incapable de discuter et façonner un projet politique global pour le Pays Basque Nord, ne se réveillant de sa léthargie qu'au moment des élections, s'en remettant à des leaders plus soucieux de carriérisme politique "à la française" hier, "à la sudiste" aujourd'hui, que de travail politique en profondeur et, pour couronner le tout, éclaté entre plusieurs quasi-clans.

 

Pour que Bayonne ne devienne pas Belfast !

Le tableau que je brosse n'est certes pas brillant mais la situation pourrait empirer encore si rien n'est entrepris contre cette mise en coupe réglée. Je ne me trompe pas d'ennemis comme voudront sans doute m'en accuser les zélateurs de "l'organisation socialiste révolutionnaire de libération nationale et sociale", il est bien clair pour moi que la lutte abertzale sera juste et légitime en Pays Basque Nord, aussi longtemps que Paris niera les droits fondamentaux du peuple basque, mais je ne veux pas pour autant que demain la situation politique dramatique du sud se transpose au nord.

 

Tragique, en effet, est la vision de cette Communauté Autonome Basque des trois provinces (Araba, Bizkaia, Gipuzkoa) où le gouvernement abertzale EAJ-PNV (démocrates chrétiens) EA (sociaux-démocrates) est devenu minoritaire au Parlement Basque, du fait de l'abandon de cette institution par les 14 élus de EH, où une véritable guerre civile larvée déchire la société, où les uns et les autres s'accusent d'être les agresseurs et se posent en victimes, où ETA continue de faire couler le sang au nom du peuple basque et où demain, en cas d'élections autonomiques anticipées, grand est le risque de voir arriver au pouvoir; soit le Partido Popular réactionnaire policé, soit son allié de fait qu'est le Partido Socialista Obrero Espagnol (PSOE) qui ne lui cède en rien dans son anti-basquisme viscéral, soit une coalition des deux; au nom de la "défense de la Constitution espagnole (rejetée très majoritairement par les basques) et de la démocratie". ETA, cela est de plus en plus évident, souhaite cette évolution vers le pire et fait le forcing pour que cela se réalise, afin d'apparaître comme le seul, l'unique représentant d'une lutte abertzale sans concessions. Une situation à l'irlandaise, où Bayonne prendrait, et plus seulement occasionnellement, des allures de Belfast, un scénario-catastrophe où le nord serait devenu l'otage du sud.

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