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HITZA PITZ Allande Socarros

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GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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Le Pays Basque à la croisée des chemins

Allande Socarros —

7 janvier 2000

 

La rupture de la trêve des actions armées, annoncée le 29 Novembre par ETA, a de nouveau durci le climat politique en Euskal Herria (Pays Basque). Il faut préciser tout de suite que de trêve, il n'y en eut point, durant ces 14 mois, de la part des Etats espagnol et français et de leurs instruments de répression policière et judiciaire, et ceci sous le prétexte fallacieux que la "justice", ou ce qui en tient lieu, devait suivre son cours. Cependant, c'est l'immobilisme criminel du gouvernement conservateur espagnol qui a donné à ETA le meilleur prétexte pour reprendre le sentier de la guerre.

 

Prétexte... J'emploie ce mot à dessein, car, à mon sens, la direction de ETA souhaitait, depuis sans doute déjà quelque temps, reprendre le contrôle des opérations et ne plus laisser aux organisations abertzale légales l'initiative sur le terrain politique. Avant même l'annonce de la trêve, en effet, le Parti Nationaliste Basque (EAJ), Eusko Alkartasuna (EA), la coalition Euskal Herritarrok comptant en son sein Herri Batasuna, et quelques autres organisations syndicales ou civiles avaient conclu un pacte d'action politique commune, dénommé Accord de Lizarra-Garazi.

 

Une étrange rumeur

Il était pour le moins troublant de voir les adversaires de naguère, se livrant auparavant une guerre à coup d'anathèmes injurieux et menaçants, voire de guérilla urbaine (kale borroka) à laquelle répondait l'utilisation partisane de la police basque Ertzaintza, se retrouver tout sourires dehors autour de la même table et faire front commun contre Madrid. Néanmoins là était bien le seul moyen de faire plier, tôt ou tard, le pouvoir espagnol. Dans le conflit qui oppose Euskal Herria à ses deux puissances tutélaires, la solution ne peut, d'évidence, être trouvé que sur le plan politique, au travers des représentations légales des uns et des autres.

 

Ce schéma ne convenait peut être pas vraiment à ETA ou tout au moins la manière dont les choses évoluaient n'avait pas l'heur de lui plaire. Sans doute aussi l'organisation clandestine sentait-elle que des craquements se faisaient entendre en son sein ou dans la mouvance qui la soutient. Ainsi, par exemple,une étrange rumeur courait dans les cercles militants : les découvertes de caches d'armes et d'explosifs qui se sont succédées durant l'année 1999, ne pouvaient pas être le fait du hasard ou bien du travail policier... mais étaient la conséquence d'une sorte de gentleman's agreement entre ETA et les autorités françaises !

 

Au delà du caractère d'un cynisme absolu que ce scénario aurait supposé, c'eut été faire bien peu de cas du sort des personnes arrêtées lors de ces découvertes. Quoiqu'il en soit, cette rumeur ne pouvait provenir que de deux sources aux antipodes l'une de l'autre : les milieux policiers français et espagnols plus ou moins barbouzards... et les secteurs pro-ETA n'ayant pas accepté la trêve et le processus unitaire Lizarra-Garazi.

 

Si tu veux la paix, prépare la guerre ?

La rumeur, les tensions internes, le peu de confiance envers les forces politiques abertzale composant le Gouvernement de la Communauté Autonome Basque, la pression de plus en plus forte du Collectif des Prisonniers Basques désespérant d'un geste de la part de Madrid, la perte du rôle majeur en matière d'initiative politique, l'attitude bloquée du Partido Popular (PP), entre autres raisons par souci électoral, tout cela a sans doute joué dans la décision de ETA de reprendre les armes.

 

Il semble toutefois que, suivant l'adage "si tu veux la paix, prépare la guerre", l'organisation clandestine ne soit pas resté inactive durant les 14 mois de la trêve. En témoigneraient ces fiches de renseignements sur les allées et venues du Président du Parlement Basque et ex-ministre de l'intérieur à poigne du gouvernement de Gasteiz, Juan-Maria Atutxa (EAJ), ainsi que des responsables locaux du PP, trouvées semble-t-il sur une présumée dirigeante de ETA arrêtée récemment à Pau.

 

La rupture annoncée de la trêve ne s'est pas concrétisée - pour l'heure tout au moins - par des attentats. Il s'en est fallu pourtant de peu, puisque deux camionnettes bourrées respectivement de 950 et 750 kilos d'explosifs ont été interceptées par la police espagnole. Le Gouvernement Aznar a aussitôt accusé ETA de projeter des attentats à la voiture piégée, destinés à faire le plus de victimes possibles. S'il ne fallait pas s'attendre à ce que Madrid dise autre chose, force est de reconnaître qu'il est malheureusement dans le vrai. Si ces attentats avaient eu lieu, ils auraient certainement été des plus sanglants et cela aurait ramené à la situation d'avant la trêve, avec toutes ses conséquences.

 

Des questions qui se posent, des réponses qui s'imposent

Dès lors, une série de questions se pose: en cas d'attentat sanglant, comment le justifierait-on auprès des personnes qui, par conviction humanitaire, soutiennent les jeûnes et grèves de la faim des prisonniers politiques basques ? N'est-ce pas tromper de manière éhontée les gens de jouer, d'un côté, sur la corde sensible, et de l'autre, en préparant ce type d'actions ? Jouer ainsi le bras de fer avec Madrid, n'est-ce pas hypothéquer durablement toute possibilité d'avancer vers un règlement politique par un processus d'action unitaire comme celui de l'accord Lizarra-Garazi ? Semer à nouveau des morts sur la route vers la liberté du peuple basque, n'est-ce pas en prolonger la longueur ? Ce sont des questions que je me pose en tant qu'abertzale qui a connu la lutte clandestine et ne renie en rien ses choix. Et je souhaiterais vraiment que le débat et la discussion, dégagés de toute attitude de soutien inconditionnel comme de condamnation hypocrite et stérile, puissent y amener des réponses.

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