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HITZA PITZ Allande Socarros

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GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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Pays Basque : le collège et l'ambassadeur de Vichy

Allande Socarros —

22 janvier 2003

 

Le jeudi 9 janvier 2003, une délégation du collège Léon Bérard de Saint-Palais (Province de Basse Navarre - Pays Basque), composée d'un représentant du personnel enseignant et d'éducation, une représentante du personnel administratif et de service et une représentante de l'association des parents d'élèves, a été reçue au siége du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, par le président de l'institution départementale Jean-Jacques Lasserre (UDF), accompagné par Alain del Alamo, chargé de la Direction de l'éducation, de la culture et des sports.

 

Les mandataires du collège public de Saint-Palais venaient remettre au président du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques un dossier soutenant la demande du conseil d'administration de l'établissement scolaire, adoptée le 5 mars 2001 par 15 voix pour et 4 abstentions, de changement de nom dudit collège. Entré en fonctionnement en 1972, l'établissement secondaire fut baptisé Collège Léon Bérard en 1977, sur la particulière recommandation de Franz Duboscq, membre du RPR, et président en exercice du Conseil général. Celui qui œuvra avec une grande célérité pour qu'une école de la République reçoive ce nom de baptême ne pouvait pas ignorer qui était Léon Bérard et quel fut son parcours politique.

 

Un ambassadeur pas très catholique...

 

Léon Bérard... Ambassadeur du gouvernement de Vichy auprès du Vatican, de novembre 1940 à août 1944, il œuvra à ce poste avec un zèle des plus remarquable pour s'assurer en particulier que le dit Saint-Siège n'émette pas de réserves sur les lois anti-juives promulguées par le régime du maréchal Pétain. Ainsi, dans un rapport remis le 2 septembre 1941 au chef de l'Etat Français, où il analyse l'état d'esprit du Vatican sur ces lois infamantes, Léon Bérard conclut: "Il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut des juifs". Avant d'en arriver à cette conclusion qui démontre combien son intercession avait pu être efficace, Léon Bérard y va de son commentaire personnel sur la justesse de la seconde "loi portant statut des juifs" du 2 juin 1941, qui énumère les "fonctions publiques et métiers dont l'accès et l'exercice sont interdits aux juifs". Léon Bérard écrit ainsi: "[...] il est légitime de leur interdire [aux juifs] l'accès des fonctions publiques; légitime également de ne les admettre que dans une proportion déterminée dans les universités […] et dans les professions libérales" (article paru dans L'Express daté du 4 juillet 2002). On ne saurait être plus clair !

 

Ce sont les investigations menées par Robert Garat, professeur d'histoire et de géographie au collège public de Saint-Palais, qui ont permis d'exhumer le lourd passif de l'homme politique dont on avait donné le nom à l'établissement scolaire. Les révélations de Robert Garat allaient conduire enseignants, personnels administratifs et de services et représentants des parents d'élèves, appuyés par la direction de l'établissement, à demander le changement du nom du collège. Cette demande fut donc adoptée le 5 mars 2002 par le conseil d'administration du collège par - rappelons-le - 15 voix pour et 4 abstentions émanant, ces dernières, des personnalités extérieures représentées dans la structure, parmi lesquelles figurent les élus locaux (source: Le Monde du 08 juin 2002).

 

De "la solidarité du sérail"...

 

Le Conseil général, autorité administrative de tutelle pour les collèges publics, est informé de la demande du conseil d'administration par un courrier daté du 15 mars 2002. Constatant le mutisme de l'institution départementale, les membres du personnel du collège adressent, le 16 mai 2002, une lettre au bureau du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, reproduite ensuite en Tribune Libre dans L'Humanité du 24 mai 2002, dans laquelle il est écrit: "[...] cela fait deux mois et notre établissement n'a eu aucun signe de la présidence du Conseil général. Dans le contexte actuel où les valeurs de la République sont soulignées (faut-il rappeler que le 21 avril précédent Jean-Marie Le Pen était arrivé au second tour de l'élection à la Présidence de la République?... NDLR), nous nous interrogeons sur ce silence pesant. Devrons-nous encore attendre longtemps qu'une décision soit prise? Il est difficile pour la communauté éducative du collège d'admettre que le devoir de mémoire demandé à l'égard de nos élèves ne soit pas relayé par l'institution départementale".

 

L'entrevue du 9 janvier dernier n'a guère laissé d'espoir à la délégation du collège d'avoir, dans l'immédiat, gain de cause. D'après la relation qui en a été faite par Robert Garat dans un article publié par l'hebdomadaire abertzale Ekaitza (16 janvier 2003), "Alain del Alamo a cru bon de mettre en doute l'authenticité du rapport incriminé et même son existence. Nous avons souligné que ce rapport, publié dès 1946, avait été cité et commenté par des historiens ayant travaillé sur la période des 'années noires' (Jacques Duquesne, Jean Chelini, Pierre Arette-Landresse et Henri Amouroux). Nos deux interlocuteurs, s'ils ont répété qu'ils avaient interrogé des historiens, ne nous ont présenté aucun rapport écrit de ces consultations. Remettre en cause ce rapport serait donc, en l'absence de nouveaux éléments, glisser sur la pente inacceptable du révisionnisme. [...] Le président du Conseil général a préféré décliner de longues digressions sur les difficultés humaines de la période. [...] La messe était dite. Le Conseil général ne se prononcera pas en faveur du changement de dénomination du collège". Sur cette attitude de Jean-Jacques Lasserre, Robert Garat a une explication: "Entre les lignes, nous avons pu percevoir le principe de la solidarité du sérail. Un président du Conseil général ne désavoue pas ses pairs. Léon Bérard était président du Conseil général. Une plaque le rappelle... Place de la Déportation (sic!) à Pau. Franz Duboscq était président du Conseil général. C'est lui qui a œuvré pour que le collège porte ce nom dont nous ne voulons plus. M. Jean-Jacques Lasserre ne veut pas désavouer ses prédécesseurs. Voilà, en fait, le fond de l'affaire [...]".

 

...au révisionnisme rampant.

 

Une affaire déjà grave en soi et qui prend une tournure encore plus inconcevable lorsque l'on sait le travail qui est mené dans le collège en question par les enseignants et leurs élèves. En effet, souligne Robert Garat, "Nous avons aussi rappelé que notre collège est engagé dans le devoir de mémoire. De multiples circulaires nous demandent de nous y consacrer et cela nous semble normal, si nous voulons que nos jeunes connaissent le passé et que les erreurs du passé ne se reproduisent pas. Deux de nos élèves ont été récompensés l' an dernier (en 2002, NDLR) en recevant les 2e et 3e prix départementaux du Concours National de la Résistance et de la Déportation et notre collège s'est même vu attribuer un prix pour la plus forte participation des établissements, en pourcentage, à ce concours. Il y a donc là, entre ce devoir de mémoire auquel nous répondons et l'appellation déshonorante du collège qui nous est infligée, une contradiction insoutenable. Contradiction insoutenable que refuse de voir le président du Conseil général".

 

D'autres responsables politiques locaux, actuels et anciens, s'embarrassent d'encore moins de scrupules, qui n'hésitent pas à défendre l'indéfendable. Ainsi, Max Brisson, élu UMP chargé de l'éducation au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques et agrégé d'histoire qui déclare tout de go: "Pour moi, Bérard, c'est l'image du ministre, démocrate-chrétien, à mille lieux de l'extrême droite. Je ne dis pas qu'il n'a pas été maréchaliste, mais cette chasse aux anciens fonctionnaires de Vichy, avec son lot d'anachronismes et de caricatures, peut mener loin! Vous savez, quand on lit ce qu'Eluard et Aragon ont écrit sur Staline et sur l'URSS, on peut se poser des questions..." (L'Express - 4 Juillet 2002). Dans la même veine ignominieuse, Franz Duboscq, aujourd'hui en retraite de vie politique, ne lui cède en rien, qui déclare: "A part son inéligibilité pour dix ans, il n'a pas été jugé à la Libération (sic !). En 1990, un colloque sur Bérard s'est tenu au Parlement de Navarre (qui, comme son nom ne l'indique pas, est le siège du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques, NDLR). Personne n'a élevé la voix. Ne pourrait-on pas le laisser reposer en paix ?" (re-sic !).

 

Jusqu'à l'académicien François Mauriac, qui, dans la biographie de Léon Bérard, publiée sur le site de l'Académie Française (www.academie-francaise.fr), et dans "un portrait fin et nuancé", selon les termes du rédacteur de la note, écrivait le 29 février 1960, dans un style badin: "J'aimais bien ce parlementaire à l'ancienne manière [...]. Survivant d'un milieu où la culture était aimable, du temps que les philosophes atrabilaires n'avaient pas encore envahi la littérature. Mais qu'il devait être malin ce béarnais, de droite au fond, ami de l'Action Française, et qui fit toute sa carrière sous la république radicale et jusqu'à régner à l'Instruction publique! Ambassadeur du maréchal auprès du Saint-Siège pour finir. Quand les choses se gâtèrent, il attendit sagement sous le porche de Saint-Pierre la fin de la grêle; et nous fûmes tous bien contents de le voir revenir" (rigoureusement sic!). Un "contentement" que n'eurent pas les victimes de la politique du régime dictatorial de Vichy et en tout premier lieu les survivants familiers ou proches des juifs arrêtés, déportés, massacrés, gazés et partis en fumée !...

 

Un véritable cas d'école...

 

Mais il est vrai que les Lasserre, Del Alamo, Brisson, Dubosq et autres Mauriac, par leur bienveillance odieuse à l'endroit de Léon Bérard, n'ont pas le sentiment d'insulter l'histoire, puisqu'ils se réfèrent à Bérard Léon, né le 6 janvier 1876 à Sauveterre-de-Béarn, docteur en droit et avocat, conseiller général, président du Conseil général, député, sous-secrétaire aux Beaux Arts, ministre de l'Instruction publique et deux fois ministre de la Justice sous les gouvernements de la IIIe République et enfin membre de l'Académie Française du 3 mars 1938 à sa mort le 24 février 1960. Avec de tels états de service, il n'est finalement pas surprenant qu'il se mit au service de l'Etat... Français. Un véritable cas d'école en quelque sorte...

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