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HITZA PITZ Allande Socarros

HITZA PITZ Allande Socarros

GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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L’AUTONOMIE : UNE REVENDICATION HISTORIQUE

Allande Socarros —

Le souhait d’une autonomie institutionnelle pour le Pays Basque nord n’est pas – contrairement à ce que certains ‘départamentalistes’ voudraient faire accroire –, une revendication récente.

1945La preuve incontestable en est apporté par le premier des documents PDF que nous vous proposons aujourd’hui. Il s’agît du texte in extenso du Statut d’autonomie du Pays Basque dans la République Française – c’est l’intitulé exact –, présenté à Paris par le député basque Jean ETCHEVERRY-AINTCHART à la première Assemblée Constituante française de l’après Seconde Guerre Mondiale, en septembre 1945. Même si les idées qui y sont énoncées étaient sans doute le fruit d’un travail collectif, on sait que le rédacteur du texte fut un abertzale plutôt atypique de la période d’avant ENBATA : Marc LÉGASSE. Au moment d’exprimer ses opinions, il n’avait pas la réputation de garder la langue dans sa poche et lorsque, en septembre 1973, il publia – sous couvert des Éditions Hordago, mais en fait à compte d’auteur – le texte du statut de 1945, il précisa : « Aucun des mouvements de défense de l’ethnie basque, nés depuis lors [1945 – N.d.l.r], à savoir ENBATA, INDAR BERRI, AMAYA, ne reprirent le projet autonomiste. ENBATA se contentant seulement dans son programme d’ITSASSOU [la Charte de 1963 – N.d.l.r], de lui emprunter le préambule de l’article 1er tendant à la création d’un département basque ‘non doté d’institutions autonomes’ (…) ». Rien de nouveau sous le soleil du Pays Basque… on sait aujourd’hui que l’Histoire allait se répéter plus tard !…

 

Esprit jacobin et abertzale déboussolés…

 

L’initiative de présenter un Projet de Loi d’Autonomie pour le Pays Basque, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, représentait une formidable opportunité politique. La France était alors à reconstruire dans tous les domaines, y compris au niveau de ses institutions. Oui, mais, on sait ce qu’il en advint : le texte rédigé par Marc LÉGASSE et présenté par Jean ETCHEVERRY-AINTCHART allait rejoindre les archives du Palais Bourbon, sans même être inscrit à quelque ordre du jour que ce soit et donc – évidemment – sans être le moins du monde discuté. L’évidence n’avait pas tardé à s’imposer : rien de nouveau non plus sous le soleil de Paris… l’esprit jacobin français avait survécu au cataclysme de 1939-1945 !…

fa1Presque un demi-siécle plus tard, en mars 1993, l’organisation politico-armée IPARRETARRAK allait porter sur la place publique, non seulement la revendication de l’autonomie pour le Pays Basque nord, mais aussi et surtout un avant-projet de cadre institutionnel et de modèle de société, ouverts à la discussion et à l’amendement, dans un document intitulé 20 ans de lutte – autonomie et avant-projet (PDF nº 2). Oui, mais, les esprits chagrins et hypocrites qui sévissaient déjà, et depuis fort longtemps, dans le monde abertzale allaient se récrier qu’une proposition politique élaborée par une organisation clandestine ne pouvait pas être une base de revendication portée par le mouvement politique ‘légal’ et, au delà, par la société basque dans sa diversité.

Les ‘anti-autonomie’ pour le Pays Basque nord, qui étaient dans le même temps ‘pro indépendance’ pour le Pays Basque sud, ‘oubliaient’ juste deux choses. La première était que si IK avait fini par prendre l’initiative d’élaborer – avec des sollicitations et apports très larges auprès et de la part de la société basque, cela doit être dit – un avant projet d’institution d’autonomie et de modèle sociétal… cela résultait du fait que le mouvement abertzale – là encore malgré moultes invitations et incitations –, en fut tout à fait incapable !…

Le second ‘oubli’ des ‘anti-autonomie’ pour le Pays Basque nord – et ceci explique le cela de l’incapacité du mouvement abertzale à élaborer et porter un projet politique clair et fédérateur –, c’était celui de se reconnaître ouvertement pour ce qu’ils étaient : des personnes et des structures totalement inféodées au Pays Basque sud et, plus précisément, de simples succursalistes des forces politiques abertzale de ‘l’autre-côté’. Les déclarations et écrits de l’époque attestent amplement de cette opposition, le plus souvent sournoise, des milieux subordonnés aux «grands frères du Sud», pour lesquels la proposition IK de 1993 était vraiment par trop ‘autonome’…

 

Tourner casaque… pour monter le mauvais cheval !

 

une_eraikitzenPour autant, entre travail de sape et chausse-trapes divers et nombreux des ‘succursalistes’, une structure baptisée ‘Eraikitzen’ allait se mettre en place et mener, par le biais de réunions thématiques et de débats ouvert à tous – le député basque RPR Michel INCHAUSPÉ lui même en fut un jour un participant… –, un très important travail de réflexion et d’amendement de la proposition IK. Le fruit de ce processus démocratique fut le document intitulé Autonomia – projet d’un peuplediffusé en juin 1994 (PDF nº 3). Mais là encore, au delà des menées succursalistes habituelles, l’immaturité politique du mouvement abertzale en iparralde allait concourir à saboter ce qui aurait pu constituer une avancée majeure pour le devenir du Pays Basque nord.

Un certain nombre de participants au travail ‘Eraikitzen’ allaient, quasiment du jour au lendemain, tourner casaque et, rejettant le projet de l’autonomie qu’ils avaient pourtant contribué à enrichir, rejoindre les rangs de la revendication départementaliste. Il est parfaitement vain et inutile aujourd’hui de démontrer combien ce choix complétement erroné du « plus petit commun dénominateur possible » a porté tort, non seulement au mouvement abertzale en particulier –ce qui ne serait finalement que moindre mal – mais aussi au Pays Basque nord en général – ce qui est beaucoup plus grave. Une douzaine d’années a été perdue en vaines chimères… un luxe dont se serait passé notre pays, englué dans bien des difficultés et confronté à bien des défis.

La roue de l’Histoire continuant inéxorablement de tourner, il semblerait que le concept de l’autonomie revienne à nouveau d’actualité au sein du monde abertzale… aidé, il est vrai, par des perspectives d’évolutions institutionnelles en France, largement prévisibles depuis belle lurette. Instruit par les errements passés, il serait vraiment nécessaire que le mouvement abertzale nourrisse, défende et porte la revendication de l’autonomie – en tant que cadre institutionnel mais aussi comme une structure sociale la plus démocratique possible – en direction de la société basque dans sa pluralité et sa complexité. Car l’autonomie, si elle doit être le projet politique soutenu et argumenté en premier lieu par le mouvement abertzale, doit surtout être comprise, acceptée et faite sienne par la population du Pays Basque nord. L’autonomie sera la revendication sinon d’un peuple tout du moins d’une majorité la plus large possible de la population, ou elle ne sera pas. Tel est l’enjeu.

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