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HITZA PITZ Allande Socarros

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GOGOETA ASKEAK - PENSÉES LIBRES “Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.” Georges Orwell

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Tactique de la dramatisation

Allande Socarros —

3 mars 2000

 

La démocratie, dans son acception la plus complète, n'a jamais vraiment été la tasse de thé de ETA, en tous les cas dans la pratique. Analyser le plus exhaustivement possible l'historique de l'organisation clandestine qui court aujourd'hui sur une période de plus de 40 ans serait sans doute utile à la compréhension. Dans cet article, je me contenterai de porter un regard sur les événements de ces dernières semaines, bien significatifs de la stratégie de la rupture et de son corollaire que je qualifierai de "tactique de la dramatisation".

 

Celle-ci s'articule autour de la grève de la faim qu'ont entamé les prisonniers politiques basques incarcérés dans les geôles espagnoles et françaises dans le but d'obtenir un rapatriement ou, tout du moins, un rapprochement du Pays Basque.

 

Cette revendication ne souffre d'aucune contestation car elle est tout à fait conforme aux principes universels des droits de l'homme. Elle est, de ce fait, largement partagée et soutenue par la population du Pays Basque et ses représentants élus. Chacun est en effet à même de comprendre toutes les difficultés que représentent pour les familles des incarcérés politiques des centaines voire des milliers de kilomètres à faire pour une visite de toute façon trop courte. Il n'y aucune justification judiciaire ou autre pour infliger un tel traitement aux familles et aux détenus politiques, si ce n'est la volonté machiavélique d'accentuer leurs souffrances. S'élever contre cette sanction avant jugement ou contre cette peine supplémentaire non formulée dans une condamnation et agir pour la faire supprimer est une position que tous les abertzale et aussi beaucoup de non nationalistes peuvent assumer.

 

Il n'en est pas de même pour la forme de lutte radicale, qu'est celle de la grève de la faim: elle est dure avant tout pour ceux qui la mènent! C'est clairement une dramatisation dont certains ne mesurent pas exactement ni les enjeux, ni les risques.

 

Car, c'est méconnaître la culture politique des Etats - espagnol et français: devant leurs opinions publiques respectives, ils ne peuvent pas se permettre de céder sous la pression. C'est risquer sa vie pour des revendications que gouvernants madrilènes et parisiens ne voudront pas accorder dans les termes qu'on leur impose. La grève de la faim - dans la situation que nous évoquons en tous cas - est un jusqu'au boutisme qui ouvre la porte à d'autres actes extrêmes (sabotages, violences urbaines, attentats) et prétend déjà les justifier.

 

Tout ceci participe d'une volonté d'aggraver la tension afin d'atteindre un seul objectif pour ETA: être l'interlocuteur essentiel, sinon le seul, d'une négociation politique que serait amené à concéder le gouvernement espagnol.

 

L'émotion suscitée par l'attentat de Gasteiz a fait descendre des foules immenses aussi bien dans la capitale de la Communauté Autonome Basque (100.000 personnes) que dans celle de la Communauté Forale de Navarre (50.000 manifestants à Iruñea-Pampelune). Mais la condamnation de la violence de ETA ne s'est pas exprimé de manière uniforme, loin s'en faut, ce qui en soit n'est pas regrettable. A Gasteiz, les forces nationalistes soutenant le président Ibarretxe et les cohortes constitués par l'union sacrée des socialistes et des conservateurs espagnols (PSOE - PP) ont certes défilé le même jour au même endroit, mais en se regardant en chiens de faïence et en deux cortèges bien distincts. A Iruñea, capitale d'une province de Navarre où le nationalisme basque est minoritaire et où le navarrisme pro-espagnol est la force majoritaire, les slogans anti ETA mais aussi anti abertzale en général ont tenus le haut du pavé

 

Comme dans un jeu d'échec, les pièces sont redisposées et la partie promet d'être longue et ponctuée de drames et de souffrances. Un scénario catastrophe qui pourrait être évité si les nationalistes opposés à ETA, électoralement majoritaires, se décidaient enfin à être plus conséquents avec leurs conceptions d'un Pays Basque souverain. Il faudrait qu'ils se montrent bien plus courageux face à Madrid et à sa politique du pire. Il faudrait également que la gauche abertzale se démarque d'un soutien sans critique à ETA : en investissant le terrain politique, sans plus avoir un tuteur de l'ombre !

 

C'est toute une recomposition qui apparaît indispensable pour que le Pays Basque retrouve les voies de l'espoir dans un avenir de justice et de paix.

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